• De Gaulle est élu président de la République

    Ce n’était pas encore l’élection au suffrage universel, mais c’en était fini de l’élection du chef de l’État par les deux chambres.

     

    Le dimanche 21 décembre 1958, le général de Gaulle était élu président de la République avec une très large majorité : 78,51 % des suffrages exprimés par un corps électoral composé des parlementaires, des conseillers généraux et d’élus municipaux, soit 81.764 grands électeurs. Ce n’était pas encore l’élection au suffrage universel, mais c’en était fini de l’élection du chef de l’État par les deux chambres.

    Après la promulgation de la Constitution de la Vème République, le 4 octobre, les élections législatives s’étaient déroulé les 23 et 30 novembre. Jamais Assemblée ne fut aussi à droite : plus à droite que la Chambre « bleu horizon » de 1919 ! À droite, certes, mais pas majoritairement gaulliste. En effet, l’Union pour la nouvelle République (UNR) – très lointain ancêtre des LR d’aujourd’hui -, le nouveau parti gaulliste, né le 1er octobre 1958 des cendres du Rassemblement du peuple français (RPF), n’obtenait que 35 % des suffrages. Soit 206 sièges alors qu’il en fallait 289 pour avoir la majorité absolue.

    La droite non gaulliste, mais qui avait soutenu le retour du Général, était représentée principalement par le Centre national des indépendants et paysans (CNIP) avec 117 élus.

    Dans cette formation politique, on trouvait un vieux monsieur comme Antoine Pinay, décoré jadis de la Francisque, ministre des Finances depuis juin 1958 et qui le restera jusqu’en janvier 1960, mais aussi un jeune inspecteur des Finances de 32 ans, Valéry Giscard d’Estaing, décoré de la croix de guerre, élu député du Puy-de-Dôme et qui sera nommé secrétaire d’État en janvier 1959, aux côtés du même Antoine Pinay.

    Le Mouvement républicain populaire (MRP), parti démocrate-chrétien, centriste et pro-européen, qui avait compté plus de 170 élus en 1946, poursuivait, malgré son soutien au général de Gaulle, sa lente dégringolade, avec seulement une petite soixantaine d’élus. Les dents blanches de Jean Lecanuet redonneront un peu le sourire à ce mouvement en 1965, lors de la première élection présidentielle au suffrage universel…

    La gauche et le centre gauche, quant à eux, étaient laminés : 47 socialistes, 35 radicaux et 10 communistes qui ne purent même pas constituer un groupe, alors que le PCF – le « parti des fusillés », selon la légende dorée, sinon rouge de l’après-guerre – avait réussi l’exploit, en 1946, de faire entrer plus de 180 députés à l’Assemblée. La gauche payait cher son opposition au retour du général de Gaulle, malgré le ralliement d’un certain nombre de ses leaders, comme Guy Mollet, secrétaire général de la SFIO (Parti socialiste).

    Symbole de la disparition de la vieille génération radical-socialiste : Édouard Daladier, qui, justement, en juin 1958, avait refusé l’investiture et les pleins pouvoirs au Général. Arrivé en troisième position au premier tour des législatives, il se désista et, dans la foulée, démissionna de son mandat de maire d’Avignon. Le « taureau du Vaucluse » quittait définitivement l’arène politique. Il avait 74 ans…

    Disposant d’une majorité confortable, élu Président avec une majorité encore plus large, le général de Gaulle, dernier président du Conseil de la IVe République, pouvait se préparer sereinement à entrer à l’Élysée et à gouverner par ordonnances. Une semaine après cette élection, depuis l’hôtel de Matignon, de Gaulle s’adressa aux Français pour leur dire qu’il acceptait le mandat qu’ils lui avaient confié, mais aussi pour leur annoncer un plan de rigueur pour redresser les finances publiques.

    La cérémonie d’investiture aura lieu le 8 janvier 1959 au palais de l’Élysée. Comme le déclara alors le Président sortant René Coty, « le premier des Français devenait le premier en France ».

    Article paru dans Boulevard Voltaire

     


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