• Dans les pas de Baudelaire sur l’Île Saint-Louis


     

    Charles Baudelaire fait partie des figures qui ont dépeint Paris. Il y a passé sa vie et y a rencontré grand nombre de ses contemporains tels que Victor Hugo, Théophile Gautier ou encore Balzac. Son recueil de poème Les Fleurs du Mal a fait grand bruit à l’époque et est encore considéré comme un chef d’œuvre. La beauté était une de ses notions préférées et c’est ainsi, sans surprise, qu’il s’est établi sur l’Île Saint-Louis, que son rayonnement au XIXème siècle n’était pas aussi grand qu’aujourd’hui.

    6, rue Le Regrattier

    La « Vénus noire »  de Baudelaire 

     

    Dans les pas de Baudelaire sur l’Île Saint-Louis

     Jeanne Duval par Constantin Guy © Noami Wenger

     

    Dans cette ancienne rue de la Femme sans-Tête, au n° 6, habite Jeanne Duval, la    « Vénus noire » que Baudelaire a rencontrée en avril ou mai 1842. Elle sera sa muse au fil de nombreuses cohabitations entrecoupées de ruptures et de réconciliations. La mère du poète ne fut guère tendre avec elle : « La Vénus noire, écrit-elle, l’a torturé de toutes manières. Oh ! Si vous saviez ! Et que d’argent elle lui a dévoré ! Dans ses lettres, j’en ai une masse, je ne vois jamais un mot d’amour. » Zola se souvient-il de son (très jeune) ami quand, dans L’Œuvre, il situe l’atelier de son héros, le peintre Claude Lantier, rue de la Femme-sans-Tête ?

     

    22, quai de Béthune

    Le 28 mai 1842, Baudelaire s’installe au 10, quai de Béthune (actuel n° 22), dans l’hôtel Lefebvre de la Malmaison. Il a vingt et un ans et c’est son premier domicile parisien sur une liste qui en comptera une bonne quarantaine. Ses amis peuvent lui rendre visite au rez-de-chaussée dans une grande et unique pièce, très haute de plafond, dans laquelle on remarque un lit en forme de cercueil, une vieille table aux pieds tournés et des miroirs de Venise. Le choix de l’île Saint-Louis témoigne de l’excentricité du jeune dandy. On se croirait « à cents lieues de Paris » et il faut acquitter un péage pour s’y rendre.

    Mais Baudelaire ne veut être ni de la rive droite, ni de la rive gauche : il est inclassable. Les années 1842-1843 sont celles des premières liaisons littéraires, Hugo, Gautier, Balzac qu’il croise sur les quais et qui, dans Ferragus, évoque l’île Saint-Louis en ces termes : « Si vous vous promenez dans les rues de l’île […], ne demandez raison à la tristesse nerveuse qui s’empare de vous qu’à la solitude, à l’air morne des maisons et des grands hôtels déserts. » Baudelaire réside quai de Béthune jusqu’au mois de mai 1843. Il se transporte alors sur la rive opposée, à l’hôtel Pimodan.

     

    17, quai d’Anjou

    Depuis mai 1843 (à l’exception d’un petit séjour forcé à « l’hôtel des Haricots », la maison d’arrêt de la Garde nationale), Baudelaire réside à l’hôtel Pimodan, devenu hôtel de Lauzun puis hôtel des Teinturiers, où il demeurera jusqu’au 30 juin 1845. Au troisième étage, entre les combles et l’étage noble, il loge dans un appartement exigu, très haut de plafond, composé de petites pièces sans destination spéciale, dont les fenêtres donnent sur la Seine. Baudelaire peut admirer Saint-Paul-Saint-Louis droit devant lui et deviner la rue de Sévigné où habita sa mère. Dans l’immeuble, il fréquente le Club des Hachichins et, au rez-de-chaussée, l’antiquaire Arondel qui vend au poète de faux Jacob Bassano, le laissant endetté jusqu’à la fin de ses jours.

     

    Dans les pas de Baudelaire sur l’Île Saint-Louis

     Charles Baudelaire en 1855 par Nadar.

     

    17, quai d’Anjou

    Le Club des Hachichins 

    Dans Le Club des Hachichins (1846), Gautier raconte sa première séance et sa perception de l’île Saint-Louis : « Un soir de décembre, obéissant à une convocation mystérieuse, rédigée en termes énigmatiques compris des affiliés, inintelligibles pour d’autres, j’arrivai dans un quartier lointain, espèce d’oasis de solitude au milieu de Paris. […] Il était difficile, le long de ce quai désert, dans cette masse de bâtiments sombres, de distinguer la maison que je cherchais ; cependant mon cocher, en se dressant sur son siège, parvint à lire sur une plaque de marbre le nom à moitié décoré de l’ancien hôtel, lieu de réunion des adeptes. » Le club est créé en 1844 par le docteur Moreau de Tours. Objectif : trouver « l’électricité intellectuelle » grâce à l’opium, le haschich et surtout le dawamesk, une sorte de pâte ou de confiture verdâtre faite à partir de résine de cannabis mélangée à du miel et à des pistaches. Les séances ont lieu chaque mois chez le peintre Fernand Boissard dans un appartement situé au deuxième étage et loué au peintre par le baron Jérôme Pichon. Théophile Gautier y rencontre Baudelaire, qui habite au-dessus et vient en observateur. Entre les deux hommes se noue une profonde amitié ; Gautier écrira la préface des Fleurs du mal. S’inspirant de son expérience, Baudelaire composera Les Paradis artificiels, essai paru en 1860, dans lequel il décrit les effets des drogues, en particulier du haschich et de l’opium.

     

    Dans les pas de Baudelaire sur l’Île Saint-Louis

     

    Article tiré du livre Promenades Littéraires dans Paris de Gilles Schlesser. Réalisé en partenariat avec les éditions Parigramme. .

    Article paru dans Paris Zig Zag 


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