• Où l'on découvre qu'une monnaie peut se faire plaquer.

     

    1661, en Suède. Johan Palmstruch, directeur de la Banque de Stockholm, peste dans son bureau.

    Les gens font un bruit infernal dans la cour : ils déchargent des chariots ou des brouettes pleines de grosses plaques de cuivre de 20 kilos chacune, pour les déposer à la banque !

     

    "C'est du lourd !"

    Illustration Économitips

     

    À l'époque, les Suédois n'utilisent pas une seule monnaie mais plusieurs. Il y a par exemple des petites pièces en argent, des monnaies étrangères, et surtout des pièces en cuivre…

    Ça tombe bien : l'État possède l'intégralité des mines de cuivre du pays ! Pratique quand il a envie de financer une petite guerre : il fabrique des pièces en cuivre, ou échange son cuivre contre d'autres métaux, des biens ou des armes.

     

    "C'est du lourd !"

    Des pièces de monnaies suédoises en cuivre, vers 1650, photo : DR

     

    Au début, cela fonctionne, mais ensuite certains pays s'approvisionnent en cuivre moins cher venu d'autres pays, comme le Japon.

    Résultat : en Europe, la demande pour le cuivre suédois diminue, et donc sa valeur baisse. Il faut de plus en plus de cuivre pour pouvoir l'échanger contre la même quantité d'autres monnaies ou de biens... Pour obtenir 10 pièces d'argent, il faut bientôt 20 kilos de cuivre !

     

    "C'est du lourd !"

    Une plaque de cuivre utilisée comme monnaie, 1715, Suède, Musée de Leeds, Leeds, photo : twitter/Katherine Baxter

     

    Les Suédois passent donc leur temps à déposer, à la banque de Johan, leurs gros blocs de cuivre en attendant de le dépenser ou de le changer. Bruyant et… vraiment pas simple.

    Alors Johan Palmstruch a une idée. Il obtient du roi de Suède, Charles X Gustav, le privilège de remettre à ses clients, en échange de leur cuivre, de la monnaie en papier.
    Ce sont de petits certificats qui prouvent que leur propriétaire a, en banque, une certaine quantité de cuivre.

     

    "C'est du lourd !"

    Sébastien Bourdon, Le Roi Charles X Gustav de Suède, vers 1652-1653, huile sur toile, 102 x 82 cm, Nationalmuseum, Stockholm

     

    Ce système existait déjà ailleurs, mais, nouveauté, les certificats de Johan sont "payables à vue" : tout le monde peut se les échanger, régler ses achats, payer ses salariés ou ses impôts avec.

    Formidable, c'est tellement mieux que les grosses plaques !

     

    "C'est du lourd !"

    Un certificat créé par Johan Palmstruch, 1666

     

    Cerise sur le gâteau, ces papiers portent la signature de la banque : leur valeur est donc garantie par une autorité centrale et digne de confiance.

    En économie, on appelle cela la "monnaie fiduciaire" (du latin fides, la confiance).

     

    "C'est du lourd !"

     Le détail de la signature de la banque, 1666

     

    En fait, la banque de Johan est devenue la première "banque centrale" d'Europe : la seule autorisée, par l'État, à créer de la monnaie.

    Et ses certificats sont les premiers billets de banque européens : plus besoin de chariots ou de brouettes en guise de portefeuille !

     

    "C'est du lourd !"

    Le Riksbankshuset, la banque de Suède, 2015, photo : Arild Vågen

     

    Pour en savoir plus :

    Les banques centrales, descendantes de celle de Johan, ne sont pas des banques ordinaires.
    Ce sont des institutions publiques qui créent de la monnaie, soit en fabriquant pièces et billets (monnaie fiduciaire), soit en faisant crédit (monnaie scripturale) aux banques "normales" pour qu'elles-mêmes financent l'économie.

    Mais ce rôle traditionnel de création monétaire des banques est aujourd'hui remis en question par l'apparition des monnaies cryptées (le bitcoin), ou encore par la monnaie Libra, lancée par Facebook.

    Un projet contre lequel s'élèvent des banques comme le Crédit Mutuel.

     

    "C'est du lourd !"

    En 1998, l'Europe s'est dotée d'une banque centrale, dont le siège est situé à Francfort en Allemagne, 2014, Francfort-sur-le-Main, photo : Norbert Nagel

     

    Article paru dans Économitips

     

     

     


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