• La Reine du crime est aussi une poule aux œufs d'or
     

    AGATHA CHRISTIE writer, holding a Rhodesian carving 1890 - 1976 - MARY EVANS/SIPA

     

    Agatha Christie est l'auteure le plus profitable du Masque. Elle a vendu 2 milliards de livres.

    « Le crime ne paie pas ». C'était le titre de l'un des romans d'Agatha Christie. Las ! Agatha Mary Clarissa Miller, alias Agatha Christie, est la vivante démonstration du contraire. Le crime paie, et même sacrément bien lorsqu'il est raconté avec talent. Les livres de la romancière, dont Le Masque salue les « quatre-vingt-dix ans d'édition de l'œuvre » et dont il détient les droits d'exploitation, sont les plus lus au monde... Juste après la Bible et Shakespeare. Comment s'étonner, alors, que, rebaptisée par les médias - avec un respect teinté d'effroi - « La Reine du crime », Agatha Christie, décédée en 1976, constitue encore une véritable poule aux œufs d'or pour ses héritiers, avec ses 2 milliards de livres vendus, édités en 100 langues, tirés de ses 66 romans, 154 nouvelles et 20 pièces de théâtre ?

    A la différence de sir Arthur Conan Doyle, également publié aux Editions du Masque et dont les droits sont tombés dans le domaine public, ceux d'Agatha Christie demeurent, en effet, la propriété jalouse de sa descendance. En 1955, méfiante et échaudée par plusieurs éditeurs indélicats, l'écrivain avait fondé Agatha Christie Ltd (ACL), société propriétaire de ses droits littéraires et médiatiques. Présidé et régi désormais par l'arrière-petit-fils de la romancière, James Pritchard, ACL continue d'être détenu à hauteur de 36 % par la famille mais a cédé, à prix d'or, les 64 % restants à la société Acorn Productions, filiale de RLJ Entertainment. Le prix de cession reste énigmatique. Mais, à Londres, on évoque le versement annuel de 4 millions de livres sterling.

    Royalties colossales

    Sans surprise, la petite entreprise Agatha Christie Ltd ne cesse alors de prospérer, et les royalties qui continuent d'être dégagées par Hercule Poirot et Miss Marple - notamment grâce aux adaptations télévisées - sont colossales. Tout le monde y gagne. Diffusée sur France 2 du 26 août au 14 octobre 2016, la collection « Les Petits Meurtres d'Agatha Christie » a permis à la chaîne de récolter 19,4 % de part d'audience en prime time et de réunir 4,7 millions de téléspectateurs. Une performance bien supérieure à la moyenne générale de 13,4 % réalisée sur l'année 2016. La chaîne britannique ITV avait donné le ton en confiant, en 1988, le personnage d'Hercule Poirot à l'acteur David Suchet, prélude à 70 aventures.

    Mais le commerce des produits dérivés - BD (cinq albums publiés aux éditions Claude Lefrancq entre 1995 et 1997), jeux vidéo, - ainsi que le « business des suites » ne sont pas moins lucratifs. Certes, tous les projets sont minutieusement étudiés avant passage à l'acte. A commencer par « Meurtres en majuscules », en 2014, poursuite post-mortem des aventures de Poirot, rédigé par Sophie Hannah, une auteure britannique de recueils de poésie et de polars. Salué par la critique française, le roman été vendu à 26.000 exemplaires. Le second, « La mort a ses raisons », publié en 2016, a été tiré à 50.000 exemplaires, dont 20.000 ont été vendus. Un tome 3 est prévu pour l'automne 2018 et un tome 4 pour 2020. Enfin, le 22 novembre devrait sortir le remake du film de Sidney Lumet « Le Crime de l'Orient-Express » (1974), réalisé et interprété par Kenneth Branagh. En haut de l'affiche, pléthore de noms connus tels que Judi Dench, Johnny Depp ou encore Penélope Cruz.

    Article paru dans Les Echos


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