• Comment attribue-t-on un nom à une rue ?

    Comment attribue-t-on un nom à une rue ?


     

    Paris n’a jamais cessé de se construire, s’agrandir, se transformer : au fil des siècles, toutes les voies parisiennes ont été remaniées, certaines supprimées, d’autres encore déplacées. Aujourd’hui, l’ancienne Lutèce possède plus de 6500 rues, avenues, places, impasses ou autres promenades, toutes dotées d’un nom unique. Mais comment attribue-t-on un nom à une rue ? De quand datent les premières dénominations officielles ? On vous explique tout.

    Un peu d’histoire…

    Pendant des siècles, la dénomination des rues a été laissée aux habitants, sans qu’aucune loi ne vienne réguler ces toponymies d’usages. Tout au long du Moyen-Âge et jusqu’à la Révolution, la majorité des noms de rues étaient donc associés à l’environnement social et géographique de la voie : on nommait les rues en fonction de la végétation alentour (rue des Rosiers), des monuments (rue Saint-Paul où se trouvait l’ancienne église Saint Paul, rue du Marché des Blanc-Manteau, Place de l’École), du type de population (rue des Mauvais-Garçons, rue des Lombards, rue des Boulangers), ou des enseignes présentes sur la voie (Rue du Chat-qui-Pêche). Pas étonnant, donc, que la plupart des noms de rues les plus insolites de la capitale trouvent leur origine à cette période. C’est le cas par exemple de la rue de la Grande-Truanderie, baptisée ainsi au XIIIe siècle en référence à sa population peu recommandable.

    Paris compte plus de 5000 voies publiques. Vous vous doutez bien que parmi elles se cachent quelques rues aux noms insolites ou improbables.

    En voici une petite sélection…

    Rue Brisemiche

    Située à deux pas du Centre Georges Pompidou, on y donnait autrefois du pain aux chanoines de la Collégiale Saint-Merri, d’où son nom. Oui, je sais que vous êtes déçus ; vous vous attendiez à du croustillant. Et bien vous aviez raison car au XIIIème siècle, étant un haut lieu de la prostitution, elle était connue sous le nom de rue Baille-Hoë : qui « donne joie ». En 1387, le curé obtînt l’expulsion des péripatéticiennes, mais les habitants réussirent à les faire revenir par un arrêt du Parlement du 21 janvier 1388. C’est dire ! En effet, leurs commerces étaient totalement désertés depuis leur absence !

    4ème arrondissement

    Métro : Hôtel de Ville

     

    Rues de la Grande et de la Petite Truanderie

    Toutes deux datent du XIIIème siècle et doivent leur nom au mot truand qui signifiait autrefois mendiant, fainéant ou vaurien. On peut donc imaginer que la population de ces deux rues était fort peu recommandable.

    1er arrondissement

    Métro : Les Halles, RER Châtelet-les Halles

     

    Rue des Deux-Boules

    Calmez vos ardeurs, rien de salace dans ce nom ! Deux versions s’affrontent quant à son origine : il viendrait soit d’une enseigne présente dans la rue autrefois, soit des parties de boules que jouaient les clercs de procureurs et ces derniers eux-mêmes.

    1er arrondissement

    Métro : Châtelet, sortie n°1

     

    Passage Vérité

    Il est nommé ainsi car autrefois s’y trouvait un cabinet de lecture où l’on vendait les journaux du jour et de la veille. Il a été construit en même temps que l’immeuble qu’il traverse. Ce dernier servait de logement aux officiers de la Maison d’Orléans.

    1er arrondissement

    Métro : Palais-Royal

     

    Rue des Mauvais-Garçons

    Cette rue était, selon la Mairie de Paris, autrefois habitée par une population turbulente…c’est le moins que l’on puisse dire !

    Les mauvais garçons sont apparus en France au XVIème siècle. À cette époque, peu après les guerres de François Ier, des bandes armées s’organisèrent à Paris et terrorisaient les habitants. Les compagnies des grisons, des tire-laine ou des tire-soie en sont des exemples fameux.

    Toutefois, celle dont le nom nous est resté fut la Compagnie des Mauvais-garçons. Divisés en sections, ils vendaient leurs services aux plus offrants… des mercenaires quoi !

    4ème arrondissement

    Métro : Hôtel de Ville

     

    Comment attribue-t-on un nom à une rue ?

     

    C’est au tout début du XVIIe siècle, sous le règne d’Henri IV, que les premiers noms de voies officiels sont donnés : ces derniers ne servent plus seulement à se repérer, mais aussi à célébrer un individu ou un évènement. Laplace Dauphine, aménagée à partir de 1607 à la demande d’Henri IV, est l’une des premières voies baptisées en l’honneur d’une personnalité, à savoir le jeune Louis, Dauphin de France et futur Louis XIII. Petit à petit, les hommages à des personnalités, des événements (avenue et place de Wagram, Rue du 8-Mai-1945) ou des lieux géographiques (rue de Nancy, boulevard de Strasbourg) sans rapport avec l’environnement immédiat du lieu, s’imposent dans les choix des noms.

    Et aujourd’hui ?

    Depuis la loi du 2 mars 1982 relative à la liberté des communes, départements et régions, le choix des noms donnés aux rues des villes françaises relève des compétences de la commune, et donc des conseils municipaux. La dénomination des voies parisiennes n’est, normalement, autorisée qu’en hommage à une personnalité décédée depuis au moins cinq ans, mais de plus en plus de dérogation sont constatées. Parmi les attributions de voies officialisées en 2016, on trouve par exemple la Place Georges-Moustaki, d’après l’auteur-compositeur décédé en 2013, ou encore la Promenade Florence-Arthaud, en hommage à la navigatrice française décédée accidentellement en mars 2015. Bon à savoir, chaque citoyen peut proposer un nouveau nom de rue en faisant parvenir sa suggestion au maire de sa commune ou de son arrondissement.

     

    Comment attribue-t-on un nom à une rue ?

    La rue Charlot, ancienne rue d’Orléans, dans le 3ème arrondissement (© Groume)

    Article paru dans Paris Zig Zag


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