• Bob Dylan, le Nobel rock
     

    En décernant le prix Nobel de littérature au chanteur Bob Dylan, l’académie suédoise a décontenancé le monde des lettres. Voici trois raisons d'approuver ce choix.

    Bob Dylan, prix Nobel de littérature ! C’est la première fois depuis sa création en 1901 qu’un musicien reçoit le prestigieux trophée, décerné par le jury de Stockholm le 13 octobre 2016. De quoi laisser pantois les amoureux des lettres ! Et pourtant, s’il existe un chanteur de rock nourri de littérature et de poésie, c’est  bien lui. Son pseudonyme, Dylan, adopté au début de sa carrière à l’aube des années 1960, est un hommage au poète gallois Dylan Thomas, l’une de ses inspirations, aux côtés d'Arthur Rimbaud, Paul Verlaine, Stéphane Mallarmé, William Shakespeare et des chantres de la Beat génération, notamment Allen Ginsberg dont il fut l’ami. Bob Dylan est celui par qui le Rock est entré dans l’âge adulte, délaissant les bluettes et  abordant des sujets plus profonds, sociaux, politiques ou existentiels.

    Un artiste engagé dans les combats de son époque

    Né le 24 mai 1941 dans une petite ville du Minnesota, Robert Zimmerman s’est d’abord fait connaître en tant que chanteur folk sur la scène d’avant-garde new yorkaise au tout début des années 1960. Il reprenait alors les chansons engagées de son idole, Woody Guthrie, artiste rebelle des années 1930 et 1940, ainsi que des chants traditionnels et  des vieux blues. Revisitant ce répertoire social et politique, il composa également quelques-uns des hymnes de la lutte des droits civiques des afro-américains dans un pays rongé par la ségrégation raciale : « Only a pawn in their game » ;  « Who killed Davey Moore ? » – repris en français par Graeme Allwright –, et le titre qui le rendit célèbre, « Blowin’ the wind ».

    https://www.youtube.com/watch?list=RDe7qQ6_RV4VQ&v=vWwgrjjIMXA 


    Dans la foulée, ses chansons contre la guerre du Vietnam ou les lobbys bellicistes (« The times they are a changin », « Masters of war », « A hard rain’s a gonna fall »), le transformèrent en héraut de la jeunesse contestataire. Un statut qu’il rejeta spectaculairement en 1965 lors du festival folk de Newport, en  électrifiant son répertoire – sacrilège  absolu pour les intégristes de la folk-music – et en empruntant des voies plus proches de la poésie surréaliste (« Visions of Johanna », « Chimes of freedom ») que des textes strictement militants.

    Celui qui a fait rentrer le rock dans l’âge adulte

    Ce virage radical vers le rock, est illustré par la chanson « Like a Rolling stone », l’un des plus grands succès de Dylan, enregistrée en 1965. Cette longue chanson  racontant – avec une once de méchanceté – la dégringolade sociale d’une jeune femme chic contrainte de vivre « comme une pierre qui roule » (« Like a Rolling stone »), a caracolé au sommet des hits parade américains et anglais pendant des semaines. C’est le morceau qui a décidé de la vocation de plusieurs de ses cadets. Bruce Springsteen, le Boss du rock américain, n’a rien oublié du choc suscité par ce titre sur l’adolescent de 15 ans qu’il était à l’époque : « Tout à coup j'entendis ce son envoûtant, comme si quelqu'un avait ouvert une porte dans mon esprit... De la même manière qu'Elvis libère ton corps, Dylan libère ton esprit, et montre à tous qu'une musique peut être physique sans pour autant être anti-intellectuelle. »

    Une icône de la culture populaire

    Bob Dylan a abordé tous les genres de la musique populaire américaine: folk, country, blues, rock, prenant souvent ses fans à contre-pied. Il raffole interpréter des versions alternatives (pas toujours réussies…) de ses propres standards et a même endossé récemment les habits de crooner dans un album hommage à Frank Sinatra. Star mondiale mutique – il n’accorde plus d’interview depuis décennies– il est engagé depuis 1988 dans une "tournée sans fin" (Never Ending Tour) à travers la planète. En 1997, il a interprété devant le pape Jean-Paul II une magistrale version de "Knockin’ on heaven’s door" ("En frappant aux portes du paradis")

    https://www.youtube.com/watch?v=TDLJmc4f0G0 


    Dylan a reçu la Médaille présidentielle de la liberté des mains de Barack Obama en 2012 et la Légion d’honneur en 2013. C’est une icône de la culture populaire du XXe siècle, mais aussi un lettré et un poète, que les Nobels ont récompensé.


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