• José Aboulker

     José Aboulker

    Automne 1940. La France a signé l'armistice et une politique de collaboration se dessine. Rares sont ceux, en Algérie, qui songent à contester le pouvoir du maréchal Pétain et de son délégué général en Afrique, le général Weigand, à l'exception de petits groupes de jeunes gens, juifs pour la plupart. Parmi eux, le « groupes des guides » dirigé par Jean Daniel Bensaïd (futur Jean Daniel) ou encore celui des jeunes royalistes sous la direction du capitaine Pilafort, ou encore celui de José Aboulker, étudiant à la faculté de médecine. On teint conseil dans les cafés, chez soi, à la plage. On songe bien, par provocations, à crever quelques tonneaux de vins entreposés sur les quais et destinés aux allemands, en signe de protestation, mais on préfère attendre. Dès janvier 1941, une idée, folle pour l'époque, germe dans la tête de José Aboulker, alors âgé de 21 ans : une jour ou l'autre, les États-Unis entreront en guerre, et, aux côtés des Anglais et des Français réarmés, ils libéreront l'Europe. L'Afrique du Nord sera le point de départ de cette reconquête. « Les Américains viendront, ne cesse-t-il de répéter. L'armée de Vichy les combattra. Nous les aiderons ».

    À l'écart de cette jeunesse ardente, quelques militaires ont dit « non » : le colonel Jousse, commandant la place d'Ager, le général Béthouard, au Maroc. Des fonctionnaires aussi : Bringard, directeur départemental de la Sûreté, Muscatelli, directeur de la Sécurité au gouvernement. L'homme qui va fédérer ces électrons libres est le chef de la brigade de police d'Alger, Achiary. Ses informateurs sont partout, mettant les uns en contact avec les autres. Le projet prend corps. José Aboulker devient « l'animateur » de la force dite des Quatre cents qui regroupe les anciens groupuscules indépendants. Grâce aux renseignements et aux directives du colonel Jousse, cette force devient pleinement opérationnelle dans la nuit du 7 au 8 novembre 1942. Il s'agit de neutraliser la défense vichyste en prenant le contrôle de la poste centrale, du palais d'été, résidence du gouverneur général, de la villa du général Juin, commandant en chef de l'armée de Vichy, de la préfecture, de la radio et du commissariat central. Si l'opération échoue, tous les résistants seront fusillés.

    Informés, les Américains ne peuvent qu'approuver l'opération. Weigand en qui ils avaient placé leurs espoirs, s'est dérobé et Robert Murray, promet des armes qui ne viendront jamais. Il fournira toutefois 5000 litres d'essence qui permettront aux 400 patriotes armés d'antiques Lebel de se déployer dans Alger au moment crucial, grâce aux camions fournis par une garagiste gagné à la cause.

    En janvier 1942, une nouvelle résistance entre en lice. Venue de la droite et l'extrême droite, elles est formée d'un groupe au sein duquel Henri d’Aster de la Viguerie se distingue par son charisme et ses informations de militaire éclairé. À ses côtés, l'industriel Homme-grenouille, Jean Rigaud et le lieutenant-colonel Van Hecke. Ce sont ces nouveaux venus qui, en avril 1942, placent le général Géraud, fraîchement évadé de la forteresse de Koenisgstein, à la tête de la rébellion avec pour mission de rallier l'armée de Vichy. Choix malheureux car excellent militaire, Giraud est un piètre politique.

    Le coup de force d'Alger sera mené sans coup férir, épargnant aux Américains les combats qui ont eu lieu à Oran et à Casablanca, et c'est avec humour que José Aboulker nous conte dans son livre la stupéfaction des hauts dignitaires de Vichy neutralisées par de jeunes blancs-becs. Là s'arrête le récit de José Aboulker décédé en 2009. Le livre se termine par une postface de Jean-Louis Crémieux-Brilhac qui retrace l'intermède Darlan, les tentatives de Giraud et de son entourage pour perpétuer le régime de Vichy. Ainsi que le sinistre épisode de la chasse aux patriotes qui, après avoir aidé au débarquement, militent désormais en faveur de De Gaulle. Arrêté en décembre 1942 sur ordre de Giraud, José Aboulker est libéré en mars 1943, sur une intervention américaine. Il rejoint Londres en mai et est parachuté en France occupée où il va jouer un rôle important dans l'organisation sanitaire de la Résistance. En novembre 1944, il est fait Compagnon de la Libération, et, plus tard, commandeur de la Légion d'honneur. Une fois la guerre terminé, il retourne à ses études de médecine.

    Article paru dans « Les Chemins de la Mémoire »


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