• L’énigme du sourire de la Joconde enfin résolue ?

    L’énigme du sourire de la Joconde enfin résolue ?

    La Bella Principessa et Monna Lisa ont-elles le même sourire ? (Photo : Wikipedia)

     

    À partir d’une toile attribuée à Léonard de Vinci, « La Bella Principessa », des chercheurs britanniques ont levé le voile sur l’illusion d’optique qui fait apparaître un sourire plus ou moins perceptible sur les lèvres de cette belle princesse. Une illusion similaire est à l’œuvre dans le portrait de Monna Lisa…

    Au musée du Louvre, à Paris, la foule se presse devant la petite vitrine. « Tu as vu son sourire ? Mais non, elle ne sourit pas… » Deux touristes s’écartent. « La Joconde », le célèbre tableau de Léonard de Vinci, apparaît enfin. Fragile et minuscule dans son écrin de verre, Monna Lisa semble vous suivre du regard. Et son sourire… Oh, son sourire en a fait chavirer beaucoup depuis plus de cinq siècles ! Mais sourit-elle vraiment ?

    Une équipe de chercheurs britanniques, de l’Université de Sheffield Hallam, a étudié un tableau récemment découvert et attribué à Léonard de Vinci, mais peint avant « La Joconde », probablement vers 1496. Il s’agit de « La Bella Principessa », au sourire étrangement semblable à celui de Monna Lisa.

     

    L’énigme du sourire de la Joconde enfin résolue ?

    Des milliers de visiteurs se pressent chaque jour pour admirer la célèbre « Joconde ». (Photo : Flickr/CC)

     

    Un sourire impossible à capturer

    Léonard de Vinci, génie de la Renaissance, était un expert des couleurs mélangées, pour exploiter la vision périphérique. Les chercheurs ont découvert que selon le point de vue de l’observateur, la forme de la bouche de la belle princesse semble changer. Il s’agit d’un leurre, d’une illusion d’optique.

    Lorsque l’on regarde directement la bouche, elle semble amorcer un mouvement vers le bas. Mais lorsque les yeux regardent ailleurs, les lèvres semblent remonter, esquissant un sourire. « Comme le sourire disparaît dès que l’observateur tente de le saisir, nous avons nommé cette illusion d’optique « uncatchable smile » (littéralement « le sourire impossible à capture », NdlR) », confient les chercheurs Alessandro Soranzon et Michelle Newberry de l’Université de Sheffield Hallam au journal scientifique « Vision Research ».

     

    La distance et le flou accentuent le sourire

    Pour arriver à cette conclusion, les chercheurs ont étudié de quelle manière les différents points de vue, lorsqu’on observe « La Belle Principessa » et « Monna Lisa », altèrent la perception visuelle des œuvres. Ils ont conduit les mêmes tests à partir d’un portrait de jeune femme de 1470 du peintre Piero del Pollaiulo. Plus on observe de loin les tableaux de de Vinci, plus les jeunes femmes semblent sourire, phénomène qui n’apparaît pas avec le troisième portrait.

     

    L’énigme du sourire de la Joconde enfin résolue ?

    Plus on est loin, plus le sourire de Monna Lisa se précise. (Photo : Wikimedia)

     

    Grâce à des versions numériques des tableaux, les chercheurs ont également découvert que plus le flou était prononcé sur les tableaux du maître italien, plus le sourire des jeunes femmes se précisait. Sur le tableau de Del Pollaiulo, c’est l’inverse. Le sourire de la jeune fille reste sensiblement le même et tend même à s’estomper.

    Dernière expérience : des rectangles noirs ont été apposés sur les yeux et la bouche de « La Bella Principessa ». Lorsque la bouche est masquée, l’illusion d’optique ne fonctionne pas. Lorsque les yeux sont cachés, on peut voir fleurir un sourire sur la bouche de la jeune femme.

     

    Des doutes persistent

    La technique utilisée pour cette illusion est appelée « sfumato », qui signifie « comme la fumée » en italien. Elle produit un effet vaporeux, qui donne au sujet du tableau des contours flous. C’est en superposant plusieurs couches de peinture extrêmement fines que Léonard de Vinci réussit à créer des ombres et des reliefs sur le visage.

    Cette technique picturale a été utilisée sur « Monna Lisa » et « Bella Principessa » à un niveau tel, que seul Léonard de Vinci a pu réaliser les deux tableaux, tiennent à préciser les chercheurs. Il existe en effet une incertitude quant à la paternité de la toile « Bella Principessa ». Elle a été authentifiée comme étant l’œuvre de Léonard de Vinci, mais certains spécialistes n’en sont pas convaincus. Contacté, le musée du Louvre n’a pas répondu à nos sollicitations, mais a laissé entendre qu’il demeurait sceptique sur l’extension de l’étude du tableau de « La Bella Principessa » à « Monna Lisa », du fait de la paternité controversée de « La Bella Principessa ».

     

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    Léonard de Vinci a utilisé la technique dite de « sfumato » qui donne au sujet des contours vaporeux. (Photo : Wikimedia)

     

    Des théories plus ou moins farfelues

    Il est vrai que nombre de théories circulent sur la Joconde, plus ou moins sérieuses. L’Italien Silvano Vicenti, président du comité national pour la valorisation des biens historiques, a affirmé avoir découvert en 2010, deux lettres cachées dans les iris de Monna Lisa, invisibles à l’œil nu. Un L pour Léonard dans le gauche, un S dans le droit. Le S pour son sujet, qui était probablement Bianca Giovanna Sforza, une riche aristocrate milanaise. Mais un an plus tard, ce même Silvano Vicenti certifie que le S correspond au prénom Salai, qui était l’assistant de Léonard de Vinci et son amant. La Joconde serait en réalité un homme ? On lui a également prêté les traits de Léonard de Vinci lui-même, qui aurait fait son autoportrait.

    Plus saugrenu, un romancier italien qui se dit historien, Angelo Paratico, affirme en 2014 que la Joconde est… chinoise. La mère du peintre italien serait en effet une esclave chinoise, qu’il aurait peinte sous les traits de Monna Lisa.

    Explication la plus pertinente, Monna Lisa serait Lisa Gherardini, épouse del Giocondo – d’où le nom de « Joconde ». Le mari de cette dernière aurait commandé le portrait au génie italien. On a parlé également d’asthme, de paralysie faciale, de cicatrice sous la lèvre inférieure, pour expliquer le sourire mystérieux admiré par des milliers de visiteurs chaque jour. L’écrivain André Malraux, lui, avait déjà trouvé l’explication : « La Joconde sourit parce que tous ceux qui lui ont dessiné des moustaches sont morts »

     

    L’énigme du sourire de la Joconde enfin résolue ?

    Le musée du Louvre, propriétaire de « La Joconde », reste prudent face à l’étude britannique.

     


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