• La cité des artistes désargentés

    La cité des artistes désargentés

     

    La Ruche est, au même titre que le Bateau-Lavoir installé à Montmartre, l’une des cités d’artistes les plus célèbres de Paris. Cent-quinze ans après son ouverture, cet ensemble d’ateliers installés dans le quartier de Montparnasse continue d’accueillir des artistes venus du monde entier. On vous raconte l’histoire de ce lieu qui a influencé l’art du XXème siècle comme aucun autre à Paris.

     

    La cité des artistes désargentés
     

    Peinture de la Ruche © Fondation La Ruche-Seydoux

     

    Une naissance sous le signe de la philanthropie

    C’est à la fin du XIXème siècle, en 1895, que surgit, dans l’esprit du sculpteur Alfred Boucher, l’idée d’un lieu de travail destiné aux jeunes artistes sans-le-sou. L’artiste, qui a connu des débuts difficiles, souhaite offrir aux artistes émergents un lieu où ils puissent s’épanouir et trouver l’inspiration dans une communauté, sans se soucier des aspects pratiques et financiers.

     

    La cité des artistes désargentés

    La Ruche en 1918 © Fondation La Ruche-Seydoux

     

     

    Celui qui a été le premier professeur de Camille Claudel commence par acheter un immense terrain de 5000 m² dans le XVème arrondissement de Paris, puis récupère des éléments de l’Exposition Universelle de 1900, dont la grille d’entrée du Palais des Femmes et le pavillon des vins de Gironde conçu par Gustave Eiffel.

    Autour de cette rotonde, il fait bâtir de petits ateliers, construits de bric et de broc et entourés de jardins. Un théâtre de 300 places « la Ruche des Arts » et une salle d’exposition « le Salon de la Ruche » viendront compléter l’ensemble. C’est cette disposition des ateliers autour du bâtiment principal qui vaudra son nom à la cité : La Ruche.

    Un épicentre culturel et artistique

    Si les ateliers sont exigus et peu confortables, le lieu devient rapidement une place de choix pour les artistes européens. On raconte par exemple que Soutine aurait débarqué à Paris avec pour seule adresse, griffonnée sur un bout de papier, « La Ruche, Paris ». Parmi la centaine d’artistes accueillis dans les 140 ateliers de cet immense phalanstère artistique, beaucoup deviendront grands : Chagall, Soutine, Léger, Modigliani, Epstein ou encore Chapiro passeront ainsi par la cité du passage Dantzig.

     

    La cité des artistes désargentés
     

    La Ruche dans les années 20 © Fondation La Ruche-Seydoux

     

     

    Et pourtant, la vie à la Ruche est difficile. Les artistes, souvent désargentés, vivent dans la misère et les ateliers, construits en matériaux de mauvaise qualité, tombent en ruine. Au point qu’à la fin des années soixante, les héritiers d’Alfred Boucher décident de vendre le lieu qui se trouve dans un état de vétusté et de délabrement épouvantable. Un comité de défense, présidé par Chagall, se met en place pour sauver la cité d’artistes vouée à la destruction. Malheureusement, la vente d’œuvres d’anciens résidents ne rapporte pas suffisamment d’argent pour sauver la Ruche. René et Geneviève Seydoux, touchés par cette disparition annoncée, font alors don du complément et les importants travaux de rénovation peuvent débuter.

    Inscrite aux monuments historiques depuis 1972, la Ruche continue aujourd’hui d’accueillir une soixantaine de jeunes artistes en résidence et est dotée, depuis 2017, d’une salle d’exposition, l’Atelier Alfred Boucher. La cité peut désormais poursuivre avec plus de sérénité son dessein d’antan.

    Article paru dans Paris Zig Zag


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