• Le château de François Ier tombe en ruine


     

    Dans les Hauts-de-France, le château de Villers-Cotterêts s’abîme de jour en jour. L’État lance un appel à idées pour restaurer cet édifice cher à François Ier, où a été signée l’ordonnance promulguant l’emploi du français dans les actes administratifs.

    Août 1539. Dans le château qu’il fait construire depuis quelques années à Villers-Cotterêts, dans l’Aisne, le roi François Ier édicte une ordonnance qui fera date. Les articles 50 à 53 sont l’acte fondateur de l’état civil, les articles 110 et 111 imposent l’emploi du français dans les actes administratifs. C’est peut-être grâce à cette ordonnance de Villers-Cotterêts que vous lisez aujourd’hui l’édition du soir en français et non en latin.

     

    Dépôt de mendicité, maison de retraite

    Cinq siècles plus tard, le château, pourtant classé monument historique, est en bien triste état. Couvertures comme charpentes ont souffert avec des infiltrations d’eau par les toits et les menuiseries, pendant que les maçonneries sont fragilisées. Mais comment l’édifice a-t-il pu en arriver là ? Cette dégradation continue, liée au manque d’entretien, avait déjà été dénoncée dans les années 1960 par l’architecte des monuments historiques.

     

    Le château de François Ier tombe en ruine

     Le château est situé en pleine ville. (Photo : Drac Hauts-de-France)

     

    Le château de François Ier tombe en ruine

     Les caissons du grand escalier, l’un des patrimoines remarquables du château de François Ier. (Photo : Drac Hauts-de-France)

     

    « Après la Révolution française, en 1808, le château est devenu un dépôt de mendicité, c’est-à-dire qu’il accueillait un millier de mendiants, des délinquants, des vieillards, explique Delphine Lacaze, conservateur régional des monuments historiques à la Drac (Direction régionale des Affaires culturelles) Hauts-de-France. Ceux-ci étaient ramassés dans les rues parisiennes et intégraient cet établissement entre prison et hospice. Cette histoire particulière a certainement contribué à déconnecter le château des habitants de Villers-Cotterêts, malgré sa situation géographique en pleine ville. »

    Fin XIXème siècle, en 1889, le château se transformera en maison de retraite, fonction qu’il conservera jusqu’en 2014. Depuis, l’édifice est complètement vide… mais sa partie la plus digne d’intérêt était déjà inoccupée depuis des lustres… Seuls les visiteurs pouvaient encore y accéder avec l’office de tourisme local, jusqu’en 2015, où l’escalier d’honneur à caissons, la chapelle et l’escalier du roi ont été jugés trop dangereux. Triste sort pour le lieu où François Ier aimait chasser et s’adonner au jeu de paume.

     

    Des dizaines de millions d’euros de travaux

    L’État n’est pas resté insensible au sort de ce château symbolique. « Tout au long des trente dernières années, il y a eu des idées de restauration », défend Delphine Lacaze. Lycée, Centre national de la langue française, collections du Musée de la voiture de Compiègne, réserves des Musées nationaux, Musée d’histoire de France, de la Grande guerre : Villers-Cotterêts a fait l’objet de nombreuses discussions… qui se sont heurtées à la réalité économique.

    Déjà estimé par l’architecte des Monuments historiques à au moins 35 millions d’euros en 2002, le coût de la restauration a largement augmenté depuis. Un chiffrage précis et actualisé est en cours.

     

    Le château de François Ier tombe en ruine

     L’aile ouest du château, vue de la cour des Offices. (Photo : Drac Hauts-de-France)

     

    Le château de François Ier tombe en ruine

     La chapelle faisait aussi partie du parcours de visite, jusqu’en 2015. Elle a été fermée pour raisons de sécurité. (Photo : Drac Hauts-de-France)

     

    Si vous avez une bonne idée…

    Cette lente descente aux enfers sera peut-être bientôt de l’histoire ancienne. L’État lancera d’ici peu un appel à idées pour le devenir du site. Chacun, comme les écoles d’architecture par exemple, sera invité à donner ses bonnes pistes pour la réaffectation du château de François Ier.

    Ensuite, un appel à projets en bonne et due forme prendra le relais… et c’est certainement un exploitant privé qui s’emparera de l’affaire. Car si l’État ne souhaite pas se séparer du château en raison de sa valeur symbolique, il n’a pas les moyens de le réhabiliter.

    Ce repreneur privé pourra donc effectuer des transformations dans le cadre d’un bail emphytéotique [bail immobilier de très longue durée, qui confère au preneur un droit réel sur la chose donnée à bail, NdlR]. Hôtel de luxe, casino, etc. : toutes les possibilités sont désormais ouvertes pour le château de la langue française. Avis aux amateurs… disposant de quelques dizaines de millions sur leurs comptes bancaires.

     

    Le château de François Ier tombe en ruine

     Les caissons du petit escalier, autres pièces maîtresses du château de la langue française. (Photo : Drac Hauts-de-France)

    Article paru dans Ouest-France 


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