• De plus en plus de bateaux profitent de la fonte des glaces pour monter vers le grand Nord. Ici, dans la baie de Disko. Reutersient assez d'eau pour faire monter les océans d'un demi-mètre. Il connaît une fonte accélérée sous l'effet du réchauffement climatique.

     

    À deux semaines de l'ouverture de la conférence climat, à Paris, une étude alarmante a été publiée ce jeudi dans la revue américaine Science. Elle révèle que le glacier Zachariae Isstrom, au nord-est du Groenland, stable jusqu'au début des années 2000, perd depuis cinq milliards de tonnes de glace par an.

    De 2002 à 2014, la plateforme flottante du glacier s'est réduite de 95%. Ce recul rapide menace de déstabiliser un autre grand glacier plus au nord, le Nioghalvfjerdsfjorden, encore protégé par une colline.

     

    « C'est juste le début »

    « C'est la première fois qu'on voit un énorme glacier dans le nord du Groenland, une région froide, qui jusque-là ne montrait pas de changement, qui se met à perdre de sa masse de manière accélérée », souligne Jérémie Mouginot, chercheur au département de géophysique de l'Université de Californie à Irvine, principal auteur de cette étude.

    « Le glacier se désintègre et lâche de nombreux icebergs qui, en fondant, vont faire monter le niveau des océans au cours des prochaines décennies », ajoute-t-il dans un entretien avec l'AFP, soulignant qu'il s'agit « juste du début ».

    Les deux glaciers, objets de cette étude, représentent ensemble 12% des glaces du Groenland. « S'ils fondaient complètement, cela ferait monter les océans d'un mètre. Avec de la chance cela prendra plusieurs siècles », ajoute le glaciologue.

     

    « Le réchauffement de l'océan a joué un rôle »

    Utilisant des mesures obtenues avec des observations aériennes et par satellites fournies par plusieurs agences spatiales dont la Nasa, ces chercheurs ont pu déterminer que le socle du glacier Zachariae Isstrom s'érode rapidement au contact des eaux plus chaudes de l'océan.

    La température de l'eau a augmenté de plus d'un degré Celsius entre 1997 et 2010. « Le réchauffement de l'océan a probablement joué un rôle majeur pour déclencher le recul de ce glacier », pointe Jérémie Mouginot.

    Toutefois, « nous avons besoin de davantage d'observations et de mesures océanographiques dans ces zones sensibles du Groenland pour pouvoir faire des projections », estime-t-il.

     

    Des changements « stupéfiants »

    « Le dessus du glacier fond sous l'effet d'une augmentation régulière des températures de l'air depuis des décennies tandis que sa base est affaiblie par des courants marins transportant des eaux plus chaudes. Cela a pour résultat de le désintégrer, morceau par morceau, et de provoquer sa retraite plus en profondeur à l'intérieur du Groenland », résume Eric Rignot, professeur de géophysique à l'Université de Californie à Irvine, principal co-auteur de la recherche.

    Selon lui, aucun doute : « Après des observations directes pendant plusieurs décennies des résultats du réchauffement sur les glaciers polaires, les changements sont stupéfiants, affectant les quatre coins du Groenland ».

     

    D'autres régions concernées

    Comme le montre cette nouvelle étude, le changement climatique érode de plus en plus des glaciers situés près du pôle Nord où il fait le plus froid, relève Jérémie Mouginot. « Si les températures du Globe continuent à grimper, il y a un risque que des zones encore plus froides comme l'Antarctique de l'est se mettent aussi à fondre »

    Selon le scientifique, « un tel scénario serait encore plus préoccupant car l'Antarctique contient beaucoup plus de glace, avec la capacité de faire monter le niveau des océans de plusieurs mètres au cours des prochains siècles ».

     

    Une zone sensible fragilisée

    Une autre recherche, publiée la semaine dernière aux États-Unis, révèle que les grands glaciers de l'ouest de l'Antarctique s'effondreraient si ceux du bassin Amundsen, plus petits, étaient totalement déstabilisés sous l'effet du réchauffement.

    Or les chercheurs de l'Institut Potsdam, en Allemagne, estiment que les glaciers de l'Amundsen perdent déjà de leur stabilité. Ils seraient le premier « verrou » à sauter dans le système climatique de l'Antarctique, ont-ils expliqué, montrant pour la première fois les conséquences inévitables d'un tel effondrement.

    Article paru dans Ouest-France


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