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    La colline des Eparges fut le théâtre de plusieurs offensives entre février et avril 1915, ainsi que de la guerre des mines que se livrèrent les deux camps en 1916 et 1917.

    50 000 morts pour une colline

    Au loin, vers l’est, la ligne bleutée de la Moselle, allemande en 1914. En contrebas, la plaine de la Woëvre trouée d’étangs. Au sud, un long ruban de villages alignés au pied des collines boisées. Sacré point d’observation que ces hauts de Meuse, premier relief sur lequel on bute en arrivant de Metz !

    Dès 1914, les Allemands s’en emparent, provoquant les assauts répétés des Français pour reconquérir ces sommets stratégiques. Combats acharnés sous la forêt, le long de la tranchée de Calonne, où l’auteur du "Grand Meaulnes", Alain-Fournier, trouva la mort le 22 septembre 1914; folles offensives, de février à avril 1915, qui embrasent la crête des Éparges où la tuerie atteint son paroxysme; guerre des mines en 1916 et 1917.

    Environ 50000 soldats des deux camps seront tués autour des Éparges et de Saint-Rémy-la-Calonne. Et les restes de 10000 d’entre eux sont enfouis à jamais dans les entrailles de la colline martyre.

    Les Eparges, un sol dévasté

    "Ici, le sol a été si dévasté qu’il est toujours classé en 'zone rouge' et que nous ne pouvons construire où nous le souhaitons", explique Patricia Pierson, présidente de l’association Lesparge, devant un immense cratère herbu, vestige de l’explosion d’une mine au fond d’un sous-bois ombragé.

    Tout autour, des entonnoirs d’obus et des tranchées témoignent de la furie de l’empoignade aux yeux des visiteurs émus. Parmi eux, des lecteurs passionnés de l’écrivain Maurice Genevoix, dont "Ceux de 14", son ouvrage monumental sur la Grande Guerre, qui relate la vie et les combats des poilus sur ce piton, alors dénudé par les tirs d’artillerie.

    "Ce que nous avons fait, dira-t-il, c’est plus que ce que des hommes pouvaient faire et, pourtant, nous l’avons fait." Du sommet de la crête, la vision du village des Eparges, en contrebas, rappelle le terrible destin de ses habitants déportés en Allemagne en 1914, dont une poignée seulement est revenue parmi les ruines, en 1919, au milieu de champs rendus incultivables et aujourd’hui peuplés de grands pins noirs d’Autriche.

    Les Eparges, lieux de mémoire

    - La crête des Eparges

    Impressionnants cratères de mines, trous d’obus et tranchées. À voir : le monument du Point X, dédié aux 10000 soldats disparus, le Point C, qui situe l’extrême avancée des troupes françaises et le monument du 106e RI (en hommage aux soldats morts en 1916) auquel appartenait l’écrivain Maurice Genevoix.

    - Cimetière français du Trottoir

    Il est situé au pied de la colline. 2960 soldats français y reposent. Dans la première rangée, à droite, la tombe toujours fleurie de Robert Porchon, ami de Maurice Genevoix, tué aux Éparges, le 20 février 1915. A lire : "Carnet de route", Édition La Table ronde, 208 pages.

    - Saint-Rémy-la-Calonne, Jardin littéraire

    Dans ce village des côtes de Meuse, le jardin accueille une exposition permanente sur les écrivains combattants.

    - Fosse Alain-Fournier

    En forêt de Calonne, là où furent découverts, en 1992, les corps d’Alain Fournier, l’auteur du "Grand Meaulnes", et de ses compagnons morts au combat en septembre 1914.

    - Stèle Louis-Pergaud

    Elle rappelle la mort de l’écrivain, auteur de La guerre des boutons, tué en avril 1915, en Woëvre, au pied des Éparges. La stèle porte cette citation de l’auteur : "Reverrons-nous les champs reverdir et les fleurs pousser ?" Elle est extraite de sa correspondance éditée récemment. A lire : "Lettres à Delphine", Éditions Mercure de France, 534 pages.


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