• Où l’on découvre qu’on peut compter sur ses vieux copains jusqu’au bout.

     

    1922. Le grand homme d’État Georges Clemenceau est désemparé. Pourtant, l’octogénaire fraîchement retraité mène une vie paisible dans sa maison de Saint-Vincent-sur-Jard. Qu’est-ce qui peut bien le désespérer à ce point ?

     

    Mon cher bon vieux bipède

    Georges Clemenceau dans son kiosque, entre 1920 et 1929, Musée Clemenceau, Paris, photo : © Philippe Berthé Voir en grand

     

    Son vieil ami, le peintre Claude Monet, est une vraie tête de mule. Alors que sa vue baisse de jour en jour, il refuse l’opération qui pourrait lui rendre ses yeux.
    Clemenceau ne sait plus quoi faire pour le convaincre. Il l’encourage, le complimente, se fâche, le traite d’enfant gâté... Rien n’y fait.

     

    Mon cher bon vieux bipède

    Gaspard-Félix Tournachon dit Nadar, Claude Monet, 1899, photographie

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    Cela fait plus de cinquante ans que les deux compères se connaissent. Clemenceau ne tarit pas d’éloges sur la peinture de Monet : « Je vous aime parce que vous êtes vous et que vous m’avez appris à comprendre la lumière. »

    Leur abondante correspondance est truffée de petits surnoms pleins d’humour et de tendresse : « mon vieux hérisson sinistre », « mon pauvre vieux crustacé », « mon cher bon vieux bipède »...

     

    Mon cher bon vieux bipède

    Henri Martinie, Georges Clemenceau, Claude Monet et Lily Butler sur le pont japonais de Giverny, juin 1921, photographie, Musée Clemenceau, Paris Voir en grand

     

    Malgré l’affection qu’il porte à son ami, Monet continue de refuser l’opération. Il a trop peur de perdre définitivement ce qui lui reste de vision.
    Clemenceau décide alors de convoquer un allié inattendu : Dieu. Il prend la plume et rédige un petit conte où Dieu s’adresse directement à Monet :

    « Quelle est donc ton excuse ? Je me suis dérangé du néant pour te dire que tu n’en as pas.»

     

    Mon cher bon vieux bipède

    Henri Martinie, Georges Clemenceau, entre 1920 et 1929, photographie, Musée Clemenceau, Paris, photo : © Philippe Berthé Voir en grand

     

    Finalement, Monet se laisse convaincre. Grâce à l’opération, et au soutien inconditionnel de son ami, il consacre ses dernières années à son ultime chef-d’œuvre, Les Nymphéas.

    Clemenceau écrivait : « Monet, vous mourrez en faisant de la peinture, et le diable m’emporte si, en arrivant au paradis, je ne vous retrouve pas un pinceau à la main... »

     

    Mon cher bon vieux bipède

    Claude Monet, Les Nymphéas : Matin, vers 1915-1926, huile sur toile, 200 x 1275 cm, Musée de l'Orangerie, Paris, photo : Jon Voir en grand

     

    Pour en savoir plus :

    Clemenceau l’amoureux des arts n'est qu'une des nombreuses facettes de ce personnage. C'est ce que présente la passionnante exposition « Georges Clemenceau, le courage de la République » jusqu’au 10 février au Panthéon à Paris.
    Photographies, correspondances, archives familiales de
    la maison de Saint-Vincent-sur-Jard… De quoi découvrir Clemenceau sous toutes les coutures !

     

    Mon cher bon vieux bipède

    Voir la bande-annonce de l'exposition "Georges Clemenceau, le courage de la République"

    https://www.youtube.com/watch?v=gilAalGuXAA 

     

    Article paru dans Artips

     


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