• Margaret Hamilton n’était pas censée inventer le concept du logiciel moderne et permettre aux hommes de poser le pied sur la Lune… mais c’est pourtant ce que cette savante de génie a fait. Découvrez l’incroyable destin de cette femme hors du commun, qui a énormément apporté au projet Apollo et dont les recherches ont révolutionné le monde digital.

    Nous sommes en 1960 aux États-Unis. Margaret Hamilton a 24 ans et vient d’obtenir un poste de programmeur au Massachusetts Institute of Technologie. Avec ce travail, elle espère pouvoir financer les études de son mari à Harvard Law, qui lui renverra ensuite l’ascenseur pour qu’elle obtienne un diplôme d’études supérieures en mathématiques.

    Au même moment, le programme spatial Apollo est mis sur les rails, et l’informaticienne de génie va réaliser d’incroyables exploits dans son laboratoire du MIT, en changeant à jamais ce qu’il est humainement et numériquement possible de faire.

     

    La femme sans qui l’Homme ne serait jamais allé sur la Lune

     

    Le profil de Margaret Hamilton est plutôt atypique dans l’Amérique conservatrice des années 60, où le rôle de la femme se résume souvent à élever les enfants. Cette mère d’une fillette de quatre ans, prénommée Lauren, n’hésite pas à l’emmener avec elle dans les laboratoires du MIT lorsqu’elle travaille tard le soir et les week-ends. Ces interminables journées de travail vont lui permettre de créer les algorithmes nécessaires au fonctionnement du système embarqué du programme Apollo.

    Margaret adore l’esprit de camaraderie qui règne au sein des labos du MIT, les blagues de geek qui fusent sans arrêt, et les longues discussions enflammées autour d’un bon verre une fois la journée terminée. Dans les couloirs du célèbre institut de recherche, peu de gens se doutent de son importance, mais dans le labo, elle est un membre à part entière de l’équipe, une composante indispensable à son fonctionnement.

    Malheureusement, à l’instar des nombreuses femmes travaillant dans le domaine de l’industrie et de la technologie, Hamilton est confrontée au sexisme ambiant de l’époque, et sa contribution aux projets importants auxquels elle participe n’est que peu mise en avant. Un comble quand on sait que ses travaux vont permettre la création du logiciel informatique, au sens moderne du terme.

    En 1961, le monde du logiciel est sur le point de changer du tout au tout avec le programme Apollo lancé par John F. Kennedy, et il en va de même pour la carrière de Margaret Hamilton. Elle et ses collègues du MIT inventent les concepts de base de la programmation informatique, et écrivent le code qui va permettre de créer le premier ordinateur portable au monde.

    Hamilton devient une véritable experte en programmation, à une époque où cette science n’en est encore qu’à ses premiers balbutiements. C’est elle qui va la codifier et bâtir les fondations sur lesquelles s’appuient encore aujourd’hui les logiciels du marché.

     

    La femme sans qui l’Homme ne serait jamais allé sur la Lune

     

    Plus d’une décennie avant la naissance de Microsoft, le concept du logiciel reste extrêmement vague et n’est même pas inclus dans le budget du programme Apollo. Mais à mesure que le projet progresse, la NASA prend conscience qu’il jouera un rôle central dans la réussite des missions spatiales et lunaires. En 1965, Hamilton devient officiellement directrice du département génie logiciel du MIT Instrumentation Laboratory, chargé de concevoir le système embarqué du programme Apollo.

    Cette période riche en avancées scientifiques et technologiques ne laisse que peu de répit à Margaret Hamilton. La pression qui pèse sur ses épaules est énorme, et il n’est pas rare qu’elle passe des nuits entières à plancher sur son code.

    À la mi-1968, plus de 400 personnes travaillent sur le logiciel d’Apollo, car il représente le sésame qui permettra à l’Amérique de distancer l’URSS dans leur course à la Lune. Une réalisation qui définira complètement le monde digital tel que nous le connaissons aujourd’hui, dont l’industrie logicielle pèse à l’heure actuelle plus de 400 milliards de dollars.

    La programmation de l’époque consiste en fait à perforer des piles de cartes qui sont ensuite traitées par un ordinateur central géant baptisé Honeywell, chargé de simuler le fonctionnement de l’atterrisseur Apollo. Une fois le code éprouvé, il est transmis à un groupe de couturières expertes qui filent des fils de cuivre à travers des anneaux magnétiques (1 en code binaire), ou les contournent (0 en code binaire).

    Bien avant l’invention de la mémoire vive et des lecteurs de disquettes, la mémoire du système embarqué du programme Apollo est littéralement câblée… et presque indestructible.

    Les vols d’Apollo vont nécessiter l’utilisation de deux machines quasi-identiques : la première sera intégrée au module lunaire, et la seconde au module de commande qui permet de transporter les astronautes depuis la Terre. Ces ordinateurs portables pesant chacun 70 kilos sont uniques en leur genre : ils sont notamment les premiers à utiliser des circuits intégrés plutôt que des transistors, et à intégrer une technologie de pilotage automatique, précurseure de celle employée aujourd’hui par nos avions de ligne.

     

    La femme sans qui l’Homme ne serait jamais allé sur la Lune

     

    Le système est capable de stocker plus de 12.000 instructions dans sa mémoire permanente (les fameuses cordes de cuivre patiemment filées par les couturières), et 1.024 dans sa mémoire temporaire et effaçable. Et si cette technologie semble aujourd’hui complètement archaïque, c’est bien elle et le logiciel codé par Hamilton et son équipe qui vont permettre à Neil Armstrong de poser le pied sur la Lune.

    Nous sommes le 20 juillet 1969, seulement quelques minutes avant que le Module Aigle d’Apollo 11ne se pose sur la Mer de la Tranquillité. Durant cette phase critique de la mission, l’ordinateur Apollo commence à afficher des messages d’erreur particulièrement inquiétants. Cela est en réalité dû à des calculs inutiles à la réussite de l’alunissage qui submergent sa mémoire. Mais grâce au traitement asynchrone de l’ordinateur et au code patiemment développé par Margaret Hamilton et son équipe, le logiciel fait fi de ces erreurs et donne la priorité aux opérations indispensables à l’alunissage : la mission est couronnée de succès.

    Quelques années plus tôt, sa fille avait accidentellement lancé un programme de pré-lancement baptisé P01 en jouant avec les touches du terminal alors que le simulateur était en plein vol. Persuadée que cela pourrait arriver à un astronaute, Hamilton avait proposé d’ajouter du code pour éviter le crash, une proposition rejetée par la NASA qui estimait que ses astronautes étaient parfaits et ne commettraient pas d’erreurs.

    Mais c’est précisément ce qui allait se produire fin 1968, seulement cinq jours après le vol historique d’Apollo 8 qui avait orbité pour la première fois autour de la Lune. L’astronaute Jim Lovell enclenchait accidentellement la commande P01 durant le vol, et toutes les données de navigation collectées devant lui permettre de revenir sur Terre étaient effacées. Hamilton et son équipe redoublaient d’efforts, et parvenaient finalement à télécharger de nouvelles données de navigation depuis Houston.

     

    La femme sans qui l’Homme ne serait jamais allé sur la Lune

    Margaret décorée de la Medal of Freedom par Obama

     

    Les travaux de Margaret Hamilton ont été non seulement indispensables à la conquête spatiale et à la réussite des missions Apollo, mais ont aussi posé les bases du monde digital tel que nous le connaissons avec l’invention du logiciel informatique. Une contribution essentielle encore largement sous-estimée aujourd’hui.

    Article paru dans Daily Geek Show


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  • Où l’on découvre des lunettes qui font voir en couleurs

     

    2005, États-Unis. Au cours d’une partie de frisbee, le scientifique Don McPherson prête ses lunettes à un ami.

    En les chaussant, ce dernier se fige. Pour la première fois de sa vie, il est capable de percevoir la couleur orange des plots qui bordent le terrain… Mais que lui arrive-t-il ?

     

    En cliquant sur le lien ci-dessous vous verrez la différence :

     

    http://artips.fr/Sciencetips/newsletters/Daltonien_Lunette/Daltonien_Lunette_1_bis.gif 

     

    Différence entre la vision normale et un exemple de vision daltonienne (protanopie), Photo : Hitek

     

    L’homme est daltonien et les lunettes qu’il vient d’enfiler sont loin d’être des lunettes de soleil ordinaires ! Elles ont été développées par Don McPherson à destination des chirurgiens.
    Elles leur permettent de mieux distinguer les contrastes entre les différents tissus humains lors des opérations. Cependant, l’effet des lunettes sur son ami daltonien est totalement inattendu !

     

    La vie en rose !

    Exemple de planche du test d'Ishihara permettant de déceler le daltonisme (deutéranomalie). Le chiffre "2" devrait être clairement visible par des observateurs avec une vision normale des couleurs, photo: Sakurambo Voir en grand 

     

    Normalement, la perception des couleurs est possible grâce à un type de cellules de la rétine de l’œil appelé les cônes. Il existe trois types de cônes qui présentent chacun une sensibilité à la lumière : rouge, verte et bleue.

    Ainsi, lorsqu’une lumière (ou longueur d’onde) rouge pénètre dans l’œil, elle active les cônes rouges, ce qui envoie au cerveau le signal : je vois du rouge.

    La vie en rose !

    Schéma illustrant le cheminement de la lumière dans l'oeil et l'activation des cônes de la rétine, Schéma : Ask A Biologist Voir en grand 

     

    En revanche, chez son ami et comme pour la plupart des daltoniens, l’un de ces cônes ne fonctionne pas correctement. En cas de dysfonctionnement du cône vert par exemple, la lumière rouge va activer les cônes rouges, mais également les verts. On dit que les longueurs d’onde qui activent les deux cônes se « superposent ».

    Résultat, le cerveau reçoit un signal qu’il interprète comme : je vois du jaune (lumière rouge + lumière verte = lumière jaune).

     

    La vie en rose !

     Diagramme représentant le spectre d’absorption des 3 types de cônes (bleu, vert, rouge), Illustration Sciencetips Voir en grand 

     

    Après analyse, il s’avère que les lunettes de McPherson résolvent ce problème.

    Elles disposent d’un filtre qui empêche les longueurs d’onde de se superposer, permettant ainsi aux daltoniens de mieux distinguer les couleurs. On imagine que la vie a sûrement plus de saveur en couleur...

     

    La vie en rose !

     Illustration de la vision selon les différents types de daltonisme, Photo : Hitek

    Voir en grand 

    La vie en rose !

     Vidéo « C'est pas sorcier » : comment notre œil voit les couleurs

    https://www.youtube.com/watch?v=vQi3VMuzVjY&feature=youtu.be&t=757 

     

    Pour en savoir plus :

    Sur le daltonisme 

    Sur la vision 

    Article paru dans Sciencetips


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  • Les techniques du verre ont beaucoup évolué au fil du temps. Mais c’est au Moyen Âge que cet art a atteint son apogée. Que ce soit dans la conception ou les usages, le verre au Moyen Âge est aussi symbolique qu’utilitaire. 

    Des compositions différentes

    La composition du verre lui confère non seulement ses qualités de couleurs, de résistance ou de transparence, mais donne également des indications sur sa provenance. Ainsi, au début du Moyen Âge, ce sont encore les verreries antiques en provenance d’Italie et du proche Orient qui sont les plus présentes. Ce verre, riche en carbonate de soude d’origine marine, est très transparent et lumineux. Cependant, ses couleurs sont moins intenses.

     

    Les fascinants techniques et usages du verre au Moyen Âge

    Détail de la rosace Nord de la cathédrale Notre-Dame de Chartres, France 

     

    Avec la chute de l’Empire romain d’Occident en 476, les commerces déclinent et les techniques de verrerie tombent dans l’oubli. Ainsi, à l’époque mérovingienne, les artisans verriers réutilisent des verres antiques pour leurs œuvres. On retrouve les verreries mérovingiennes dans les trésors d’églises, mais également dans les tombes.

    Devant la demande croissante de verre, les maîtres verriers découvrent de nouvelles techniques à base de cendre de végétaux ; le carbonate de soude est alors remplacé par du carbonate de potasse. Le verre ainsi obtenu est plus opaque, retient mieux les colorants mais est plus sujet à l’oxydation.

     

    Les fascinants techniques et usages du verre au Moyen Âge

     Verrerie médiévale tchèque. Provenance : Les voyages de John Mandeville.- Manuscrit, début XVème siècle, British Museum, Londres.- Photo British Museum (Source : Les ateliers de verriers / Danièle Foy.- In : Les dossiers d’archéologie n° 143, décembre 1989.)

     

    Pour obtenir les couleurs, différents oxydes sont ajoutés à la pâte en fusion. L’oxyde de cuivre et le cobalt couvrent la gamme des bleus, le jaune canari s’obtient avec du sulfure de cadmium, le sélénium donne la couleur rouge mais il existe d’autres recettes. Ceux-ci s’intègrent de manière plus ou moins uniforme. Ainsi, le rouge est particulièrement difficile à homogénéiser et à fixer.

    On observe différentes techniques de soufflage du verre en Europe. Là où les Allemands vont souffler des cylindres qu’ils vont ensuite découper pour les aplanir, les Français soufflent des ballons dont le fond presque plat est découpé pour être rendu plat.

     

    L’art du vitrail

    Les fascinants techniques et usages du verre au Moyen Âge

     Vitrail italien datant du Moyen âge

     

    Malgré la complexité et le coût exorbitant du verre au Moyen Âge, c’est à cette époque que débute l’art du vitrail. Emblématique de la période, les vitraux atteignent en quelques siècles une qualité technique et esthétique indiscutable.

    Les premiers vitraux, relativement basiques, consistaient en un assemblage de pièces de verre découpées et assemblées à l’aide de nœuds métalliques. Rapidement, le plomb permet des jointures plus solides. Alors que les baies des églises et des cathédrales se couvrent de verreries colorées, certains ordres monastiques, comme les cisterciens, préfèrent des vitraux entièrement transparents dont les ornements sont formés par les entrelacs du plomb.

    Si le vitrail est emblématique des églises, et plus particulièrement de l’art gothique, il se diffuse peu à peu dans l’architecture civile pour les petites ouvertures, généralement situées en haut des murs. Même les familles nobles les plus fortunées ne possèdent que très peu d’ouvertures extérieures fermées au moyen de vitraux.

     

    Les fascinants techniques et usages du verre au Moyen Âge

    Vitrail civil médiéval 

     

    Le verre est un produit si luxueux au Moyen Âge, qu’avant le XIIème siècle, seules les cathédrales et les abbayes les plus riches pouvaient en acquérir. Il n’était d’ailleurs pas rare que de riches corporations marchandes ou d’artisans fassent don de vitraux à leur église. A partir du XIVème siècle, les vitrages en verre se diffusent peu à peu dans la très haute noblesse.

    Les vitraux sont alors généralement incolores avec seulement les bordures et le centre en couleurs. La technique du jaune d’argent permet, en appliquant de la poudre d’argent avant la nouvelle cuisson, de dessiner des motifs jaune vif sur le verre. En France, l’on privilégie les losanges de verre, alors qu’en Italie, ce sont de petites plaquettes rondes qui ont la faveur des clients.

     

    Les fascinants techniques et usages du verre au Moyen Âge

     

    Dès le XVème siècle, la technique du vitrail atteint son apogée. Les couleurs sont chatoyantes, le jaune d’argent permet de faire apparaître des motifs en grattant une couche colorée, ou encore de changer simplement le bleu en vert pour plus de nuances. Il est possible, avec de la poudre d’émail, de faire des motifs de lignes ou autres directement dans la plaque de verre avant cuisson, offrant une palette élargie aux artisans verriers.

     

    Différents verres pour différents usages

    Les fascinants techniques et usages du verre au Moyen Âge

    Vaisselle médiévale 

     

    Mais le verre n’est pas seulement utilisé en vitrail, flacons, ampoules, verres à boire, vaisselle, lampes, bijoux miroirs, verres médicaux et verres optiques, les usages se multiplient. Les verres à boire, objets de luxe et de raffinement, font partie de la vaisselle d’apparat. Même dans la bourgeoisie, il est rare de posséder plus d’un verre, et il est d’usage de se faire représenter sur son portrait avec un verre de vin, signe de richesse et de raffinement. Pour les banquets, les verres sont loués. Les verres sur de longs pieds, ou encore émaillés, sont les plus recherchés.

    L’Église commande également des objets en verre, pour la liturgie cette fois. Bien que très précieux de par sa fragilité, le verre n’est pas volé dans les trésors d’églises. Outre les calices, le verre transparent permet le développement des reliquaires monstrances présents dans de nombreux lieux de cultes et musées. Les églises commandent également de nombreuses lampes en verre dont la lumière si particulière est propice aux lieux de culte. Le verre est également utilisé sous forme d’émaux ou de verroterie sur les reliquaires et les objets de culte.

     

    Les fascinants techniques et usages du verre au Moyen Âge

    Lunettes médiévales

     

    Les fascinants techniques et usages du verre au Moyen Âge

     Affiche de l’exposition le Verre Un Moyen Âge inventif

     

    La science est également friande de verre. Les médecins médiévaux ont besoin de verre très transparent pour l’observation des urines des patients et ainsi déterminer de quel mal ils sont atteints à partir de l’une des 21 nuances recensées. Le verre est également utilisé dans la distillation pour les décoctions médicinales. Les verres d’optique se développent vers la fin du Moyen Âge, avec l’apparition des miroirs d’études et les premières lunettes. Les miroirs d’études étaient convexes et recouverts de plomb réfléchissant. Les lunettes étant assez inconfortables, les érudits et les copistes préféraient écrire à l’aide de ces miroirs grossissants.

    Ainsi, tout au long du Moyen Âge, les techniques et les usages du verre ont beaucoup évolué. Si le sujet vous intéresse, une exposition sur le verre au Moyen Âge a lieu jusqu’au 8 janvier 2018 au Musée de Cluny.

    Article paru dans Daily Geek Show


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  • Alésia, ce nom vous dit forcément quelque chose, mais quoi exactement ? Une célèbre bataille de l’Antiquité ? Ou encore une station du métro parisien ? Et vous avez raison, mais au-delà de ça, que savez-vous vraiment de ce lieu chargé d’histoire qui a changé la face de l’antiquité romaine, marqué les imaginaires et incarné plus de 150 ans d’archéologie ?

     

    L’un des grands mythes fondateurs de notre pays

    Jules César d’après l’antique, statue en marbre (1688-1694) par Ambrogio Parisi (1676 ? – 1719) – Installée au jardin des Tuileries (Paris, 1er arrondissement) en 1800.

     

    Aux environs des années 50 avant J.-C., Jules César est envoyé par le Sénat romain pour pacifier les Gaules afin d’étendre l’emprise romaine et accessoirement les zones de commerce. Débutent alors plusieurs années de campagnes marquées par des rapines, des massacres et des pillages.

    Les légions romaines, épaulées par des alliés gaulois « pacifiés », sont chargées de « discipliner » les peuples gaulois turbulents. Profitant des rivalités entre clans et de la possibilité de ramener beaucoup d’or et d’esclaves des Gaules, mais également d’augmenter l’influence romaine, Jules César et ses hommes mettent un certain zèle à leur ouvrage.

    Mais voilà, en face, un chef gaulois du nom de Vercingétorix, élevé à la romaine, décide de se dresser face aux légions romaines. Il parvient à s’allier à de nombreux clans gaulois et mène pendant plusieurs années la lutte face à César, marquée notamment par la victoire gauloise de Gergovie. Mais l’agrégat de tribus percluses de rivalités, et malgré le charisme de son leader, ne peut rivaliser avec l’armée romaine et ses légions toujours plus nombreuses. Et en 52 avant J.-C. a lieu la bataille décisive en Bourgogne, non loin de Dijon. Les deux armées s’affrontent pendant plusieurs longues semaines à Alésia.

     

    L’un des grands mythes fondateurs de notre pays

    Carte de la Guerre des Gaules 

     

    Les Gaulois, retranchés dans un fort au sommet d’une colline à Alise-Sainte-Reine (en Côte-d’Or) sont encerclés par 10 à 12 légions romaines. Avec l’aide d’une armée de secours, ils tentent à plusieurs reprises de franchir les 30 km de fortifications érigées par les romains. Mais chaque tentative échoue et Vercingétorix finit par se rendre ou, selon les écrits de César dans sa Guerre des Gaules, dans un geste théâtral, Vercingétorix a jeté ses armes aux pieds de César en signe de reddition. Cet acte a profondément marqué l’imaginaire des artistes et cette scène est le sujet de nombreux tableaux.

     

    L’un des grands mythes fondateurs de notre pays

    Statère arverne à la légende de (VERCI)NGETORIX(S), or, origine : trésor monétaire de Pionsat N45 – Musée d’archéologie nationale, Saint-Germain-en-Laye (Yvelines).

     

    Suite à la victoire romaine, l’ensemble des Gaules est considéré comme soumis et pacifié sous l’égide de la République romaine. Un oppidum est construit à la place de l’ancien fort. C’est le début de la période gallo-romaine qui va durer jusqu’aux grandes invasions du IVème siècle qui ont fait reculer inexorablement l’influence romaine.

    Le débat sur l’emplacement de la bataille d’Alésia fait alors rage pour diverses raisons, mais principalement pour des causes politiques de concurrence régionale ou encore, au XIXème siècle, comme marqueur d’opposition au pouvoir central qui soutient la localisation historique à Alise-Sainte-Reine. Devant l’importance de l’affaire, l’empereur des français, Napoléon III, lance des fouilles dès 1861 sur le site d’Alise-Sainte-Reine.

    Alésia aurait pu rester une bataille parmi tant d’autres, mais voilà que les historiens, fervents défenseurs de l’identité nationale française, y ont vu un acte fondateur.

    Les fouilles révèlent un très riche matériel archéologique et livrent un nombre d’ossements humains et équins ensevelis sans rites funéraires typiques des pratiques de l’époque, ce qui laisse à penser à une zone de grande bataille. L’analyse des ossements de chevaux, tout particulièrement, a mis en évidence la présence d’espèces typiquement gauloises, germaines et romaines, attestant de l’affrontement de ces trois cavaleries.

    Le nombre de vestiges d’armements et les traces de fortifications attestent également la théorie de la zone d’une grande bataille. Tous ces éléments, recoupés à la description des lieux et des forces en présence dans les mémoires de Jules César, semblent corroborer l’emplacement de la grande bataille d’Alésia sur ce site.

     

    L’un des grands mythes fondateurs de notre pays

    Vercingétorix jette ses armes aux pieds de Jules César par Lionel Royer, 1899, Musée CROZATIER du Puy-en-Velay 

     

    Cependant, d’autres sites se réclament être l’emplacement d’Alésia dont Chaux-des-Crotenay dans le Jura. Cette thèse est écartée par la communauté scientifique au vu des résultats de fouilles du XIXème siècle puis de la grande campagne de 1990.

    La grande majorité du matériel archéologique découvert au XIXème siècle est maintenant conservée au Musée National d’Archéologie de Saint-Germain-en-Laye. Les résultats des fouilles des années 1990 à nos jours se trouvent en réserve dans l’ancien musée départemental aujourd’hui fermé. Le grand site archéologique de l’oppidum d’Alésia, datant de la période Gallo-romaine, mis au jour au XIXème siècle, est pour sa part visitable depuis plus de 150 ans.

    L’on y trouve les restes d’un grand théâtre pouvant accueillir 4 000 à 5 000 spectateurs ainsi qu’un temple, des rues, des échoppes. Les vestiges ont été arasés lors de la construction de la ville en contre-bas, les pierres ayant été réemployées. Aussi, le site est particulièrement lisible depuis le ciel.

     

    L’un des grands mythes fondateurs de notre pays

    Théâtre antique de la ville gallo-romaine d’Alésia 

     

    Les vues aériennes ont été d’une grande aide aux archéologues pour retrouver les routes et les zones de fortifications romaines qui s’étendaient sur une trentaine de kilomètres. Ces témoins du passé se trouvent au milieu des champs et il n’est pas rare que des éléments archéologiques refassent surface au moment des labours.

    Outre, l’archéologie, l’historiographie révèle que, dès le IXème siècle, les moines bénédictins avaient fait le rapprochement entre Alésia et Alise-sainte-Reine.

    En 1784, Pierre Laureau, écuyer du comte d’Artois, effectue des fouilles sur le mont Auxois qui permettent de mettre au jour des monnaies et des inscriptions. La découverte à Alise, en 1839, de l’inscription mentionnant ALISIIA (CIL XIII, 2880) ajouta un élément important pour l’identification du site, et malgré les débats linguistiques sur le radical celtique alis-, il est un élément déterminant de la localisation.

    Depuis lors, le site d’Alésia est devenu un lieu touristique avec ses vestiges à ciel ouvert et sa grande statue de Vercingétorix réalisée par Aimé Millet en 1865.

     

    L’un des grands mythes fondateurs de notre pays

    Vue extérieure du Muséoparc d’Alésia

     

    Dès cette époque, Vercingétorix devient une grande figure de la Nation et de la résistance à l’envahisseur. Cette aura est renforcée après la défaite de Sedan en 1870 où la France ayant perdu l’Alsace et la Lorraine cherche des héros et des défaites « glorieuses » à l’image de Vercingétorix ou encore de Roland à Roncevaux.

     

    L’un des grands mythes fondateurs de notre pays

    Statue de Vercingétorix par Millet, 1865, Alésia

     

    Depuis 2012, l’attrait touristique du lieu est renforcé par l’ouverture du Muséoparc d’Alésia, un vaste bâtiment circulaire de 52 m de diamètre, construit par l’architecte Bernard Tschumi, rappelant l’encerclement des gaulois par les romains. Une exposition permanente dédiée à la bataille historique, des expositions temporaires annuelles et des démonstrations de batailles et de fortifications constituent l’offre de ce centre d’interprétation.

    L’exposition permanente explique le déroulement de la bataille, les armements des différents belligérants, les choix tactiques et les différentes campagnes archéologiques. Elle s’attache à déconstruire les idées reçues sur les gaulois, longtemps présentés comme des barbares. Situé à 3 km des vestiges archéologiques de l’oppidum et de la statue emblématique de Vercingétorix, il doit constituer à terme un ensemble avec un musée en projet, situé sur la colline. Des fouilles d’archéologie préventive sont en cours et observables.

     

    L’un des grands mythes fondateurs de notre pays

    Le Muséoparc d’Alésia

     

    Riche d’une longue histoire militaire, politique et archéologique, Alésia déchaîne les passions et nous révèle un pan méconnu de notre histoire.

    Article paru dans Daily Geek Show


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  • En cette fin d’année, les Américains croulent sous les festivités : Halloween, Thanksgiving et Black Friday annoncent en grande pompe les prochaines célébrations de Noël et du Nouvel An. Au pays de l’Oncle Sam, tout le monde se prépare pour Thanksgiving : les maisons sont décorées, les dindes attendent d’être fourrées, et les bambins se déguisent en pèlerins et en Natifs pour honorer la mémoire de ces grands héros. Ça, c’est la version tous publics servie sur un plateau d’abondance à chaque écolier des États-Unis pour entretenir le mythe du gentil colon blanc-européen. Au Daily Geek Show, nous préférons la version « interdite aux mineurs », plus factuelle : Thanksgiving est une fête qui célèbre le génocide amérindien. 

    Le mythe fédérateur 

    Il était une fois les pauvres puritains anglais persécutés par le méchant Roi Jacques Ier. Bien décidés à fuir la tyrannie de l’Église d’Angleterre, ils embarquèrent sur le Mayflower, un navire hollandais qui devait les emporter vers les lointaines contrées du Nouveau Monde. Les pèlerins accostèrent à Cape Cod en décembre 1620 et y fondèrent la colonie de Plymouth. Les colons n’étaient ni des chasseurs téméraires, ni des pêcheurs émérites, et encore moins d’astucieux agriculteurs : perdus dans cette immensité sauvage et offerts en pâture aux vents hivernaux, la moitié d’entre eux périt. Au cours de l’année 1621, les puritains rencontrèrent les Wompanoags, une tribu amérindienne qui partagea ses connaissances avec ces étranges envahisseurs : ils leur apprirent la chasse et la pêche, les sensibilisèrent aux bienfaits des plantes, et leur expliquèrent comment faire pousser des cultures.

     

    Derrière Thanksgiving, l’un des pires génocides


    Grâce aux enseignements des Natifs (Native Americans), les Pilgrim Fathers étaient fin prêts à affronter l’hiver mordant de la Nouvelle Angleterre. Pour fêter leur toute première récolte – et accessoirement remercier leurs hôtes de leur avoir sauvés la vie – ils organisèrent un gigantesque festin où se disputèrent parties de chasse, ripailles et divertissements en tous genres ! Pendant ces 3 jours de célébrations, Natifs et Européens oublièrent leur différence pour former un seul peuple, uni par le partage et la charité « chrétienne ». Trop beau pour être vrai ? Vous n’êtes pas loin…

    L’histoire des États-Unis d’Amérique repose sur 2 mythes fédérateurs : Thanksgiving et la signature de la Déclaration d’indépendance par les Pères Fondateurs le 4 Juillet 1776 à Philadelphie. Si la commémoration du 4 juillet prit instantanément racine chez le peuple, Thanksgiving mit un certain temps avant de s’imposer comme fête nationale… Ce n’est que le 26 novembre 1789 que George Washington, alors président des États-Unis, inaugura la toute première fête de Thanksgiving. Un début prometteur qui n’emballa pas les foules… Jusqu’à l’arrivée de Sara Joseph Hale.

     

    Derrière Thanksgiving, l’un des pires génocides

    La fameuse dinde de Thanksgiving… 

     

    L’illustre auteur de la comptine Mary had a Little Lamb s’inspira du journal du gouverneur Bradford pour écrire Northwood – A tale of New England, où elle narre le premier repas que les colons partagèrent avec les Natifs. Suite à la publication de son roman, elle battit la campagne pour que les autorités politiques reconnaissent Thanksgiving comme fête nationale, allant même jusqu’à publier des recettes de plats devenus aujourd’hui la norme : dinde farcie, tarte à la citrouille, purée de pommes de terre, sauce de cranberry… Et tant pis si les pèlerins et les Natifs n’ont jamais mangé de dinde – mais du gibier – ni de pommes de terre – qui firent leur apparition un siècle plus tard. L’écrivain obtint finalement gain de cause en 1863, quand Abraham Lincoln, empêtré en pleine Guerre civile, annonça que la fête nationale de Thanksgiving serait célébrée chaque dernier jeudi de novembre. Symbole de partage et d’union nationale, cette commémoration est un affront perpétuel aux yeux des descendants d’Amérindiens, l’encensement irraisonné d’un odieux carnage oublié des manuels scolaires américains : le massacre de Pequot.

    Colère divine et génocide

    Les premiers pas des colons sur le continent américain ne furent pas dirigés par le traditionnel rais de lumière divine illuminant la terre promise, mais jalonnés de squelettes, de crânes et de ruines. N’importe qui de normalement constitué aurait vu là un sinistre présage, un funeste avertissement… Mais pas le gouverneur Bradford qui loua le Seigneur de les avoir guidés sur ces terres délestées des leurs propriétaires légitimes. Le timing était parfait : ils posaient le pied sur une Nouvelle Angleterre débarrassée de la quasi-totalité de sa population amérindienne. Contrairement aux croyances populaires, les Pilgrim Fathers n’étaient pas les premiers hommes blancs à côtoyer les Natifs : les explorateurs, commerçants et missionnaires européens étaient déjà partis à leur rencontre au XVIème siècle. Motivés par la conquête de ce Nouveau Monde vierge de toute cupidité, marchands de fourrure et pêcheurs firent bientôt de cette terre de cocagne une de leurs destinations privilégiées. Les allers retours entre le vieux continent et l’Amérique se multiplièrent, les contacts avec les populations indigènes explosèrent, et la maladie apparut.

     

    Derrière Thanksgiving, l’un des pires génocides

    Des pèlerins protestants à bord d’un navire hollandais 

     

    De 1616 à 1619, l’ensemble des tribus amérindiennes de la façade Atlantique fut décimée par un mystérieux fléau qui n’avait aucune emprise sur les Blancs… Du Massachussets au Maine en passant par la Nouvelle Angleterre, les tribus Pennacook, NausetAbenaki et Wompanoag perdirent 75 à 90 % de leur population. À titre de comparaison, l’Europe pleura 30 à 50 % de ses habitants quand sévit la Peste Noire au XVIème siècle. Cette « peste » apportée par les Européens dont nous ignorons encore l’origine exacte – variole, hépatite, méningite, typhus ? – permit aux envahisseurs d’étendre leur domination sur toute la côte Est, et d’enclencher le processus d’expropriation des peuples autochtones. Malgré d’innombrables pertes, les Wompanoags demeuraient toujours plus nombreux que les pèlerins du Mayflower. Il ne leur aurait suffi que d’un assaut pour venir à bout de la colonie et détruire ces calamités génocidaires. Ils n’en firent rien. Ils les aidèrent même à survivre. Une pitié que ne connaîtront pas les Anglais.

     

    Derrière Thanksgiving, l’un des pires génocides

    La guerre entre les Pequots et les colons anglais

     

    À l’automne 1636, les Pequots entrèrent en guerre contre l’envahisseur anglais. L’épidémie de variole de 1633 avait emporté la moitié de la tribu, leur rivalité avec les Narragansetts et les tentatives de colonisation de leur terre par les colons ne leur laissèrent pas le choix… Le conflit se solda par une amère défaite des Pequots et la signature du Traité de Hartford en 1638, qui enterra définitivement l’existence des insurgés. Si la lutte émancipatrice des Pequots a été passée sous silence et même oubliée de beaucoup d’Américains, le Massacre de Fort Mystic est resté ancré dans bien des mémoires, surtout chez les Natifs. Le 26 mai 1636, la garnison du capitaine John Mason, épaulée de guerriers Niantics, Mohegans et Narragansetts, attaqua le village fortifié des Pequots en bordure de la Mystic River. Ils brûlèrent le village, bloquèrent les sorties, et mirent le feu aux palissades. Dévorés par les flammes, les Pequots étaient faits comme des rats : quiconque escaladait les portes finissait fusillé. Le brasier ou les balles, ça ne vous rappelle pas Ouradour-sur-Glane ? Ce 26 mai 1636, 500 hommes, femmes et enfants furent exterminés à cause de la couleur de leur peau.

     

    Derrière Thanksgiving, l’un des pires génocides

    L’armée américaine attaque un village amérindien au XIXème siècle 

     

    Cet événement dramatique, déclencheur d’un génocide étalé sur 3 siècles dont les États-Unis s’obstinent encore à nier l’existence – serait le socle sur lequel repose véritablement la fête de Thanksgiving, c’est en tout l’avis de l’Université du Connecticut selon Republic of lakotah, qui nous rappelle que le gouverneur de la Baie de la colonie du Massachussets William Bradford déclara plusieurs jours après la tuerie qu’il s’agissait là d’un « jour de gratitude, remerciant Dieu que leurs hommes aient éliminé pas moins de 700 hommes, femmes et enfants. […] Dorénavant, ce jour sera un jour de fête et de remerciement pour la défaite des Pequots ».

    « Le coût humain et social dépasse l’entendement. Un tel traumatisme déchire tous les liens qui existent au sein d’une culture. Dans toutes les annales de l’histoire humaine, il n’existe aucune catastrophe démographique comparable »

    Charles C. Mann, écrivain 

    La question de l’origine véritable de Thanksgiving continue de diviser l’opinion publique : les descendants de Natifs restent convaincus que cette fête est associée à un odieux massacre de population indigène, tandis que la grande majorité des Américains ne voient en cette fête de novembre qu’une célébration des valeurs humanistes et chrétiennes qui unirent – le temps d’un festin – colons et Natifs. Dans un cas comme dans l’autre, les Amérindiens demeurent les éternels oubliés des commémorations nationales, comme si le premier génocide de l’Histoire moderne valait moins que tous ceux survenus au XXème siècle…

    1 peuple, 2 Thanksgiving  

    À New-York, on ne blague pas avec Thanksgiving. Comme à chaque fois, c’est l’enseigne américaine Macys qui est en charge du défilé annuel de Thanksgiving, sobrement intitulé : Macys’ Thanksgiving Day Parade. Au programme : un énorme cortège long de 4 km en plein Manhattan avec des chars, des fanfares, des pom-pom girls – ou cheerleaders pour les connaisseurs – et les célèbres ballons géants à l’effigie des héros préférés de nos bambins – Hello Kitty, Sonic et bien d’autres. Chaque année, ce sont 3 millions d’Américains qui se pressent dans les rues de New-York pour assister à l’événement, tandis que 50 millions préfèrent le suivre bien au chaud, les yeux rivés sur leur écran TV.

     

    Derrière Thanksgiving, l’un des pires génocides

    Barack Obama gracie une dinde pour Thanksgiving 

     

    Thanksgiving est une affaire sérieuse, qui relève du sacré : les citrouilles rescapées du massacre d’Halloween sont réquisitionnées pour la confection de délicieuses tartes, les élevages de dindes se vident comme les tribunes d’un TroyesMetz, et les canneberges deviennent le fruit le plus consommé du pays ! Non content d’alimenter la filière agro-alimentaire comme aucune autre fête, Thanksgiving permet aussi aux professeurs des écoles de lâcher du lest et d’instaurer des travaux créatifs à leurs petits élèves : fabrication de coiffes de chef amérindien, dessins de dindes – cuisinées ou sur 2 pieds, au choix – production de chapeaux de pèlerins en papiers, spectacles live… Tout le pays vit à l’heure du mythe Thanksgiving, qui prône les repas en famille et les bons sentiments. Mais quid du peuple Wompanoag qui vint au secours des puritains en ce rugueux hiver 1621…

     

    Derrière Thanksgiving, l’un des pires génocides

    Le mont Rushmore a été construit sur une montagne sacrée

     

    Plymouth, c’est le berceau historique de Thanksgiving. La première colonie de la Nouvelle Angleterre fondée par les Pilgrim Fathers est un lieu de pèlerinage pour tous les inconditionnels de la 2ème fête nationale. Les commémorations qui s’y déroulent sont à des années lumières de l’exubérance et du mercantilisme ostentatoire de la parade new-yorkaise : elles respirent l’authenticité. Enfin, à condition qu’on aime les défilés en habits d’époque qui dépeignent le festin de Thanksgiving comme étant une gigantesque fiesta où colons et Natifs sont devenus les meilleurs amis du monde… Si ces réjouissances vous écœurent, vous pouvez toujours rejoindre les United American Indians of New England qui, comme chaque année depuis 1970, se réunissent au sommet de Cole’s Hill pour célébrer « le Jour du Deuil ». Minorité invisible par excellence, les descendants d’Amérindiens voient dans ce recueillement une manifestation pacifique contre le racisme et l’oppression qu’ils continuent de subir tous les jours.

    En novembre, CNN s’était emparé des chiffres du Disease Control and Prevention pour montrer que le « taux de Natifs américains tués lors de contrôles de police dépassait celui de tout autre groupe ethnique ». Les affronts envers les communautés sont si longs qu’il nous serait impossible de toutes les lister : le génocide amérindien, les violations des traités signés avec les États-Unis, la construction du Mont Rushmore sur une montagne sacrée, le massacre de Wounded Knee… Et leur situation actuelle n’est guère plus enviable : ils présentent 770 % de risques en plus de mourir d’alcoolisme et leur taux de chômage et de suicide atteignent des records inégalés dans les autres communautés du pays.

     

    Derrière Thanksgiving, l’un des pires génocides

    Des Sioux photographiés avant un numéro de cirque en Allemagne en 1947 

     

    Presque 400 ans ont passé depuis le premier repas de Thanksgiving, et les Natifs sont passés de maîtres des lieux à minorité fantôme, encombrants vestiges d’une époque peu glorieuse que l’Amérique préfère oublier à coup de dindes farcies et de purées de pommes de terre. Dans son article Occupation et génocide en guise de « découverte », Jérôme Duval estime qu’entre 1492 et 1600, près de 95 % de la population amérindienne aurait péri sous les maladies européennes (fièvre jaune, malaria…), les conflits armés et le travail forcé. Nous parlons de la mort de plusieurs dizaines de millions de femmes et d’enfants ! Et chaque quatrième jeudi de novembre, les descendants de ce noble peuple exterminé par la volonté suprême des chrétiens européens sont ramenés à leur triste condition de survivants désavoués, abandonnés, humiliés par ceux-là mêmes qui ont tué leurs ancêtres, et pris possession de leurs terres. Vous reprendrez bien un petit morceau de dinde avec ça, non ?

    Article paru dans Daily Geek Show


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